Psychanalyse, TCC et méditation: trois voies d’approches de l’humain

 

Comment situer la mindfulness par rapport à la psychanalyse et au TCC?

On a peur de la vie, on a peur surtout de la mort. Nous ne voulons pas qu’elle se manifeste parce que ça fait mal. 

Nous cherchons donc à la rejeter. Nous cherchons à refouler la peur en invitant d’autres émotions pour occuper l’espace  afin que cette  énergie de peur ne puisse pas émerger. On allume la télé, pourquoi ? On lit des romans, pourquoi ? On parle au téléphone, pourquoi ? Souvent seulement pour empêcher la douleur de se manifester. L’énergie de la pleine conscience est là pour embrasser la souffrance. La porte va s’ouvrir et les formations mentales pourront alors circuler librement ; si vous pratiquez cela pendant quelques semaines, vous aurez alors une situation de bonne circulation de votre psyché.                                     Thich Nhat Hanh

La psychanalyse et les thérapies cognitivo-comportementalistes (TCC)

Ce sont les deux approches dominantes dans le champ de la psychologie et de la psychothérapie aujourd’hui. Ces deux courants de pensée ont des horizons de pensée souvent opposés et les tenants des deux écoles se font la guerre depuis longtemps, si ce n’est depuis toujours. Pourtant, nos thérapeutes considèrent qu’il est non seulement possible de se référer aux deux courants sans se dévoyer mais même que cela enrichit la pensée et surtout la pratique.

La psychanalyse

La psychanalyse met au centre de son approche l’écoute et l’analyse du discours du patient. Elle considère que la parole est un véhicule de l’inconscient (lapsus par exemple) que l’on peut analyser et qui en se dévoilant, redonne une liberté de compréhension et donc de choix au sujet. La psychanalyse se déroule dans la relation singulière qui unit le psy et le patient. Elle n’est pas à proprement parler scientifique, au sens où c’est une expérience singulière que l’on ne peut reproduire; mais sa démarche est cartésienne et rationaliste, ce qui la rend pour le coup scientifique.

Les TCC

Les TCC basent leurs protocoles thérapeutiques sur des expériences validées scientifiquement qui excluent l’hypothèse de l’inconscient. Ce sont des méthodes actives dans lesquelles le patient s’investit par la réalisation d’exercices. Ils l’aident à identifier ses émotions et cognitions (pensées) automatiques qui produisent chez lui les comportements dysfonctionnels.

La méditation

L’introduction de la méditation dans le champ psychothérapeutique permettra sans doute de faire dialoguer ces deux courants de pensée dans les années à venir. La redécouverte de la méditation par les cognitivistes annonce certainement un enrichissement du discours sur l’humain:  » afin d’évoluer (…) toute culture se doit de dialoguer avec la meilleure part de ce qui lui vient d’ailleurs «  dit ainsi François Cheng (in L’éternité n’est pas de trop, 2002).
L’approche tierce de la méditation permet ainsi de retrouver des bases sur lesquelles s’entendre que l’on soit analyste ou comportementaliste. Dans tous les cas, il s’agit de permettre une prise de conscience des pensées et émotions qui nous déterminent.
Mais, le recours à la méditation ouvre aussi un au-delà de la psychanalyse ou des TCC.
Les pensées ne sont pas analysées, encouragées ou recherchées au contraire de la psychanalyse. On se méfie plutôt des dites pensées ou émotions responsables d’engendrer des boucles de réactions faisant plonger dans les vieilles habitudes mentales ou émotionnelles. Qui a vécu la psychanalyse connaît aussi un de ses biais majeur: on recherche le pourquoi, on rappelle le passé, comme pour trouver la cause qui nous éclairerait. Mais ce faisant, on ne cesse de  ressasser  les pensées et émotions qui alimentent le mal-être. La méditation au contraire permet de se décentrer et de reconnaître que ces pensées et émotions noires ne sont qu’unes parmi d’autres. Elles ne nous définissent pas tout entier: nous somme plus vastes et plus libres que cela.
De la même façon que la méditation est compatible avec la psychanalyse et la continue positivement, elle dépasse aussi les points de vue initiaux des TCC. Avec la méditation, on change d’attitude. Il ne s’agit pas de lutter contre les pensées et humeurs négatives pour y préférer d’autres positives, la guerre contre soi créant de nouvelles énergies disponibles pour de nouvelles pensées et émotions. Plus de guerre, plus de lutte ici. Il s’agit de court-circuiter le système, en adoptant une attitude nouvelle d’accueil et de bienveillance à l’égard des pensées et émotions qui nous assaillent. Il s’agit d’accueillir et d’observer, non de chercher à transformer ou de résoudre un problème. Avec douceur, le sujet apprend à reconnaître les schémas mentaux qui le conditionnent et cette nouvelle attitude envers soi suffit à ce que la transformation surgisse d’elle-même. La guérison n’est pas à rechercher, elle vient de surcroît. Avec la méditation, disparaissent les idées de performance : le sujet apprend à laisser être et à adopter une attitude de bienveillance envers lui-même. On ne recherche plus rien : on apprend à laisser exister, on n’en rajoute plus en commentaires mentaux, on reste au plus proche de ce qui est et on court-circuite ainsi tous les troubles mentaux surajoutés.
La psychanalyste Joyce Mac Dougall témoigne de cette continuité entre la psychanalyse et la méditation. Elle a ainsi participé aux rencontres entre scientifiques et boudhistes qui se tenaient à Dharamsala en avril 2007: « J »ai eu le très grand privilège d’être invitée par le Dalaï Lama qui m’ayant demandé le but des gens qui vont en psychanalyse, « de découvrir sa propre vérité » a convenu que ce but était exactement le même que celui de la méditation. Il m’a aussi démontré que ses vues étaient dans l’âme, celles d’un « psychosomaticien » puisque dès que quelque chose ne va pas dans le corps, ils se demandent ce qui ne va pas dans son esprit, et cela depuis des siècles… »

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