Des effets de la méditation sur le cerveau et l’organisme

Le chercheur bouddhiste Matthieu Ricard vient parler science et méditation à New York

Il se définit comme l’homme le plus heureux que la science ait eu à analyser: à considérer le sourire serein du Français Matthieu Ricard, généticien moléculaire devenu moine tibétain, on est tenté de le croire.

 Mattiew Ricard le 29 septembre 2012 à l’université du Wisconsin lors d’un électroencéphalogramme Université du Wisconsin/AFP – Jeff Millervoir le zoom : Photo diffusée par l'Université du Wisconsin montrant le moine boudhiste Matthieu Ricard le 29 septembre 2012 lors d'un électroencéphalogramme

 Ce confident et interprète en France du dalaï lama, qui a tout abandonné pour aller vivre dans un ermitage himalayen, explique avec passion pourquoi la méditation peut modifier le fonctionnement du cerveau et susciter le bonheur, exactement de la même façon qu’on soulève des poids pour travailler ses muscles. Selon ce globe-trotter, fils du philosophe Jean-François Revel, n’importe qui peut être heureux: il s’agit juste d’une question d’entraînement.

Voici quatre ans, le neuroscientifique Richard Davidson a branché 256 capteurs sur le crâne de Matthieu Ricard à l’université du Wisconsin, dans le cadre de recherches pratiquées sur des centaines d’adeptes avancés de la méditation.

Les scanners ont montré que lorsqu’il méditait, le cerveau du moine produisait un niveau d’ondes « gamma », liées à la conscience, l’attention, l’apprentissage et la mémoire « jamais relevées auparavant dans la littérature de la neuroscience« , selon le témoignage de M. Davidson.

L’imagerie médicale a aussi montré une suractivité de son cortex préfrontal gauche par rapport à son homologue droit, lui donnant une aptitude « anormale » au bonheur et une réduction de la propension à la négativité.

« Nous avons trouvé des résultats remarquables avec des personnes pratiquant la méditation depuis longtemps mais aussi avec des gens qui méditaient 20 minutes depuis trois semaines, ce qui est bien-sûr plus adapté à nos modes de vie modernes ».

Ces recherches montrent que le cerveau modifie de lui-même ses structures selon les sollicitations qu’il reçoit : les circuits fréquemment utilisés se consolident et se développent ; ceux qui servent peu s’étiolent et rapetissent. Cette souplesse du cerveau est appelée neuroplasticité ou plasticité cérébrale. Les recherches sur ce phénomène en sont à leurs balbutiements et Matthieu Ricard a été l’un des tous premiers à participer à ces expériences scientifiques.

 Très récemment, plusieurs universités américaines ont conduit des recherches sur de grands pratiquants qui avaient à leur actif quelques 40 000 heures de méditation.
 Les résultats furent probants et montrèrent :
•  un haut niveau d’activité dans les parties du cerveau qui contribuent à former les émotions positives, comme le bonheur, l’enthousiasme, la joie et la maîtrise de soi;

•  un niveau d’activité moindre dans les parties du cerveau reliées aux émotions négatives, comme la dépression, l’égocentrisme, le manque de bonheur ou l’insatisfaction ;

•  un apaisement de la zone du cerveau qui déclenche la peur et la colère ;

•  la capacité à atteindre un état de paix intérieure même lorsqu’on est confronté à des circonstances extrêmement perturbantes ;

•  une aptitude inhabituelle à l’empathie et à l’écoute profonde des émotions d’autres personnes.

Ces résultats semblent montrer que l’entraînement de l’esprit à la méditation peut jouer un rôle capital sur les fonctions cérébrales : il ressort en effet de ces recherches que les tendances émotionnelles peuvent être modifiées et les penchants destructeurs amoindris.

Dans une étude, qui paraîtra fin janvier dans la revue  » Psychiatry Research: Neuroimaging », dirigée par le Massachusetts General Hospital (MGH), les chercheurs rapportent les résultats de leur travaux. «Cette étude démontre que des changements dans la structure du cerveau pourraient sous-tendre certaines de améliorations signalées et que si les gens se sentent mieux, ce n’est pas uniquement parce qu’ils passent un moment de détente. »

Des études antérieures avaient déjà trouvé des différences structurelles entre les cerveaux des praticiens de la médiation expérimentés et les cerveaux des personnes qui ne pratiquent pas la méditation. On observe ainsi un épaississement du cortex cérébral dans les zones associées à l’attention et l’intégration affective.

Dans le cadre de l’étude de la MGH, les images IRM de la structure cérébrale de 16 participantsont été prises , deux semaines avant et deux semaines après leur participation à un programme de 8 semaines de réduction du stress basé sur la méditation (MBSR). Une série d’images du cerveau ont également été prises sur un groupe témoin de non-méditants sur un intervalle de temps similaire.

 

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