L’expérience somatique de Peter Levine

carte-corporelle-e-cc-81motion-activationPeter Levine est un spécialiste reconnu qui utilise l’expérience somatique dans le soin des personnes traumatisées. Il a réussi à guérir des personnes gravement traumatisés, y compris des enfants grâce à ce qu’il appelle l’expérience somatique qui peut également être une expérience spirituelle.
Voici ce qu’il dit concernant la méditation :
« Lorsque je vois des personnes traumatisées et qui font de la méditation, je les encourage à poursuivre ce qu’ils ont appris dans la méditation pour faire le travail autour de leur trauma notamment dans le fait d’acquérir plus de connexion avec leur corps, puis d’utiliser cette connexion pour continuer à développer encore plus de connexion avec leur corps pour arriver à ce que nous pourrions appeler l’attention incorporée.
Pour moi, la chose la plus intéressante dans la méditation est l’expérience basée sur des sensations corporelles.
Nous savons de par notre travail avec des personnes traumatisées que nous ne nous approchons pas toute de suite de leurs sensations difficiles, mais nous savons aussi que quoique nous ressentons aussi difficile ou douloureux que cela puisse apparaître, nous sommes capable de le toucher, de le ressentir.
Les sensations corporelles comme des émotions peuvent être des contractions, mais elles peuvent aussi se décontracter et s’étendre.
Parfois, je suggère à mes patients de juste tenir leur main en face d’eux afin de faire descendre leur attention à l’intérieur de leur corps. Regardez juste votre main devant vous et fermez là lentement…..ouvrez là…….et fermez la très lentement à nouveau.
Au lieu de regarder, faites cet exercice, mais très très lentement, le plus lentement possible en ressentant ce que cela fait d’être dans votre main lorsque votre main s’ouvre…..,lorsque votre main de ferme dans un poing…. en une contraction et très lentement lorsqu’elle s’ouvre, s’ouvre, s’ouvre dans une expansion. Lorsque nous sommes angoissé, nous sommes très contractés, mais nous pouvons aussi ouvrir et détendre.
Lorsque les gens trouvent ce rythme, il devient leur rythme par défaut. Au lieu de rester bloqué dans la contraction,ils peuvent sentir : oh, maintenant, je suis dans la contraction, mais ensuite cela change et cela se transforme en une ouverture, en une expansion.
La contraction et l’expansion sont des expériences subtiles que le méditant peut faire grâce à sa pratique et lorsque nous sommes confrontés aux expériences traumatiques, ces exemples ont une valeur inestimable.
Il en est de même pour la méditation marchée qui développe notre attention incorporée. Nous ressentons notre corps en mouvement et ce corps en mouvement nous permet de faire l’expérience d’un paysage intérieur. »

Voici un  autre article sur le l’expérience somatique

Les neuf attitudes de la pleine conscience

Les 9 attitudes cultivées par la pleine conscience

img_1992Moi, je, à moi…. Ce sont des concepts très problématiques, parce que la personne que nous pensons être et la personne est très différent de la personne que nous sommes.

A travers la pratique de la pleine conscience nous développons une attitude de non vouloir, de laisser être, de lâcher prise, de confiance et de patience. Nous la cultivons avec nos parents, notre partenaire, nos enfants tout en approfondissant la pratique formelle et informelle de la méditation.

Le non jugement est le vrai discernement. Nous découvrons rapidement que nous avons des idées sur tout. Ceci est bien, ceci n’est pas bien. Nous pouvons être conscient de notre tendance à juger et de ne pas le faire.

Noir et blanc : bon ou mauvais, ce que nous voulons et ce que nous ne voyons pas, nous nous enfermons dans cette attitude
Grace à la méditation, nous cultivons cette attitude de discernement, d’observation de ce qui se passe à l’instant et acquérons ainsi un degré de clarté, de sagesse et d’interconnexion avec les choses.
Le fait de reconnaître que le jugement crée un voile devant nos yeux, le fait de ne pas voir les choses comme elles sont, mais comme nos yeux veulent les voir.

Petit à petit nous naviguons à travers notre jugement de façon à ce qu’il ne domine plus notre vie. Plus nous restons dans le discernement, plus nous pouvons vivre de façon authentique et ne pas nous faire emprisonner dans les habitudes de notre esprit.

Je suis impatient d’aller vers la prochaine chose importante dans ma vie et ne pas de rester dans le moment présent, pourtant les choses ne peuvent être précipitées. Lorsque nous sommes pressés, nous ne sommes pas là où nous devrions être. Nous sommes impatients avec les autres, au travail, de terminer telle ou telle chose. La patience est un facteur puissant de guérison. Au lieu de vouloir faire éclore le papillon avant l’heure, nous pouvons gagner en sagesse et profondeur lorsque nous habitons le moment présent.

L’attitude du débutant est une belle attitude. Tout instant devient nouveau et frais. A cause de nos multiples désirs, nous ne pouvons pas voir le moment présent comme il est. Nous avons du mal à voir les personnes où les choses autour de nous avec curiosité et notre grande expertise ou expérience ne laisse aucune place pour la nouveauté.

Il y a des possibilités infinies de voir tous les aspects de votre avec fraicheur et cette fraicheur comporte des possibilités de transformation. Si vous ne pensez plus que les gens sont comme ils étaient il y a des mois ou des années vous ouvrez des portes pour des relations plus riches, plus bénéfiques.

Lorsque nous cultivons de l’intimité avec nous même, nous développons aussi de la confiance en nous même et en notre corps, confiance dans la sagesse naturelle de notre corps. En général nous ne prêtons pas attention à notre corps jusqu’à ce qu’il arrive quelque chose. Nous pouvons faire confiance à la respiration, à nos yeux, aux organes qui s’occupent de notre métabolisme. Si de si belles choses se passent dans notre organisme, pourquoi cela serait différent dans notre esprit ou dans nos relations. A travers la méditation, nous pouvons apprendre à nous faire confiance.

Lorsque nous cultivons de l’attention méditative, nous adoptons une posture inhabituelle, nous laissons les choses être sans vouloir aller ou arriver quelque part.
Nous sommes avec la vie qui se déploie sans agenda. Cette attitude nous restaure, nous guérit de notre attitude à vouloir échapper ou retourner dans le passé ou arriver le plus vite possible dans le futur. Il y a tant de choses sur notre liste des choses à faire. Pratiquer le non faire, car ce qui est là est déjà assez, même si ce n’est pas à votre goût. Lorsque le faire émerge de l’être il est en général plus approprié à la situation.

Laisser aller ou laisser être est l’attitude opposée de celle qui veut s’accrocher, se cramponner, même si c’est juste à une idée. Laisser être nous rappelle qu’il est possible de ne pas être obligé de repousser ou de s’accrocher outre mesure quel que soit notre désir de changer les choses.
Dans certains pays d’Asie on attrape les singes avec un piège de noix de coco. Le singe ne veut pas lâcher ce qu’il y a dans la noix de coco et se fait attraper, alors qu’il lui suffit de libérer la choses et la main peut sortir du piège.
Lâcher prise et le pas vers la liberté. A chaque fois que vous remarquez que vous vous accrochez, vous pouvez vous souvenir que vous pouvez aussi lâcher prise. La respiration peut nous apprendre cela également, vous ne pouvez pas faire que des inspirations, car il n’y aura pas d’espace.

Amener de la gratitude dans l’instant présent, de dire par exemple que le corps est en vie, nous sommes en vie. Nous prenons tant de choses pour acquises, mais nous pouvons aussi remercier cette respiration, ce corps, cette vie pour ce qu’elle nous apporte.

La générosité est également un puissant transformateur. Lorsque vous vous donnez du temps et de l’attention aux autres, vous leur apportez de la joie. Tous les attitudes sont en quelque sorte des attitudes qui viennent du cœur.
Lorsque vous pratiquez le non agir, vous pratiquez également les autres attitudes et ces attitudes expriment la gentillesse, la bienveillance.

Extrait d’une conférence de Jon Kabat Zinn

La dépression: revue de presse – trois approches

 

La dépression est en train de devenir l’une des plus grandes maladies du siècle

En 2020, elle se situera selon l’OMS, à la seconde place en terme de coûts parmi les différentes maladies, façon glaciale de présenter les choses mais qui a le mérite d’être claire.

Nous vous proposons ici de vous faire un point de vue sur ce qu’est la dépression d’après les trois discours contemporains dominants dans les domaines de la psychologie et de la santé mentale. Cela vous donnera une idée des outils psychothérapeutiques qui sont à votre disposition si vous vous sentez concernés de près ou de loin par la dépression.

————————————————————————————————————————————————

1. La dépression selon les théoriciens de la mindfulness 

Quelques faits

Environ 12% des hommes et 20% des femmes vont souffrir d’une dépression grave au cours de leur existence, ce qui représente 5% de la population
Chaque épisode dépressif augmente de 16% les probabilités d’une récurrence, après un deuxième épisode, le risque passe à 80%

————————————————————————————————————————————————

2. Selon l’Organisation mondiale de la santé 

La dépression est un trouble mental courant qui touche mondialement plus de 350 millions de personnes.

La dépression est la première cause d’incapacité dans le monde.

Il existe des traitements efficaces pour la combattre.

————————————————————————————————————————————————

3. Selon les théoriciens de la Psychanalyse.

————————————————————————————————————————————————

Cliquez sur la Suite de l’article

La « Mindfulness » : se soigner par l’attention et la connaissance de soi

Celui qui pense que la pleine conscience consiste à être simplement attentif se trompe.  Dans le bouddhisme, l’attention comporte deux attitudes complémentaires. L’attention décrit par le mot « manasikara » en pali se réfère à l’état mental qui suit immédiatement la perception d’un objet avant de l’identifier ou le nommer. Selon les sources bouddhistes, « manasikara » est une attitude neutre, presque banale sans référence spirituelle.

L’attention décrit par le terme de « sati » qui se traduit par « non oubli » ou « remémoration » se réfère à l’enseignement bouddhiste et sa remémoration par le méditant. L’attention décrit par « sati » permet de distinguer entre les états mentaux bénéfiques et ceux qui sont nocifs. « Sati » permet de conserver les états bénéfiques et de diminuer les états nocifs tels que la colère, la jalousie, le doute…..on peut appeler cela une capacité de métacognition.

La méditation « vipassana » qui est caractérisée par la quête de la connaissance de la réalité pure et qui délivre  l’esprit des illusions créées par la souffrance se sert des deux méthodes d’attention. De « manasikara » dans le but de focaliser l’attention sur la respiration et de « sati » l’attention qui observe les pensées et les analyse.

Selon le Dalai Lama, les exercices de « manasikara » sont en quelque sorte un entrainement quotidien de l’attention pour maintenir la capacité d’attention intacte. Son bénéfice secondaire est de calmer l’esprit et d’augmenter la concentration, mais  elle ne provoque point de changement en soi. Le changement nécessite une plongée plus profonde dans l’enseignement du bouddhisme et notamment dans  l’enseignement sur la compassion et l’impermanence.

Dans sa conversation avec Paul Ekman, chercheur en psychologie des émotions, le Dalai Lama insiste sur le fait que le actes humains n’ont que peu d’intérêt pour les bouddhistes, ce qui intéresse les bouddhistes ce sont les motivations qui sous-tendent les actes.

Les actes ne sont que des conséquences des motivations qui sous-tendent ces actes. Si un individu sourit à un autre individu pour pouvoir l’exploiter plus tard, il s’agit là d’un acte violent, mais si un individu est sévère et même dur pour le bien d’un autre individu, il ne s’agit point de dureté, mais de compassion, même si les actes semblent indiquer le contraire. Observez donc vos motivations et celles des autres.

Si  vous arrivez de par votre attention à identifier vos pensées, vos émotions et vos sensations, vous pouvez éventuellement mieux comprendre ce qui provoque à la fois vos souffrances, mais aussi votre joie.

La pratique de l’attention est particulièrement utile aux personnes qui sont submergées par leurs émotions et qui démontrent des réactions impulsives qu’ils regrettent souvent par la suite. Ces personnes n’ont souvent aucune conscience ni de leurs pensées, ni de leurs émotions.

L’attention simple dirigée vers les sensations, par exemple de chaleur dans les mains qui peut indiquer une forme de colère ou la sensation d’oppression dans la poitrine qui  provient de l’angoisse, est non seulement susceptible de révéler l’émotion qui sous-tend la sensation désagréable dont on voudrait d’ailleurs se débarasser le plus vite possible, mais elle ralentit également la réponse spontanée et souvent néfaste sous forme de décharge émotionnelle qui ne fait qu’aggraver l’humeur existante. Par l’attention « manasikara », la personne crée elle même un sas de sécurité qui lui permet de prendre du recul et de ne pas s’enfoncer, par l’attention « sati », elle apprend à identifier et comprendre plus en profondeur ses souffrances et de les analyser.

L’observation de nos pensées, de nos émotions et de nos sensations pendant le programme des 8 semaines nous permet d’apprendre les bases de cette voie de guérison psychique millénaire qu’il faut cultiver pour apprécier les bienfaits à long terme.

A lire A quoi sert la méditation?

Lire aussi 6 raisons de cultiver la pleine conscience

A quoi sert la méditation?

La pertinence de la méditation

La méditation permet de débrancher volontairement des ruminations sur le passé et des inquiétudes pour l’avenir, pour se mettre consciemment en phase avec les choses telles qu’elle sont dans l’instant. (…) Méditer c’est porter attention aux choses telles qu’elles sont et non telles que nous voudrions qu’elles soient. Williams, Teasdale, Segal, Kabat-Zinn, 2007

 

Qu’est-ce que la méditation ?

Le principe de la méditation est de se mettre dans une position à la fois de détente et de dignité puis de diriger activement son attention sur la respiration par exemple. En aucun cas, il ne s’agit d’un état qui nous couperait des sensations habituelles.  « Il n’y a rien de particulièrement inhabituel ou mystique dans le fait de méditer ou d’être pleinement conscient », nous dit Jon Kabat-Zinn. Au contraire, la méditation est une plongée dans la conscience de ce qui nous habite, ce à quoi nous ne prêtons généralement pas attention. Il s’agit donc de développer une attitude à l’opposé de notre fonctionnement habituel en « pilotage automatique » alors que nous ne mesurons pas à quel point nos sensations, émotions et pensées s’agitent en nous et influencent nos comportements. « L’inconscient c’est des pensées » disait Lacan. Rapides comme l’éclair, elles traversent l’esprit sans retenir l’attention et pourtant impriment leurs traces dans les actes posés [1]».

Lorsque nous ne sommes pas pleinement conscients, nous abandonnons les rênes à nos schémas mentaux et émotionnels permettant aux mécanismes inconscients d’opérer librement et de dicter notre conduite. Nous interprétons alors les événements et nous agissons, à l’aune de nos habitudes cognitives et émotionnelles et non en fonction de ce qui est. L’absence de conscience nous rend alors aveugle à d’autres possibilités d’actions, elle nous rend aveugle à tout changement et nous amène à répéter toujours les mêmes comportements.

Il y a plusieurs manières de pratiquer la méditation. On peut notamment observer la respiration, les ressentis corporels, les manifestations émotionnelles mais aussi les pensées qui défilent.

L’attention portée à notre monde interne permet de se désidentifier de nos contenus de pensées, émotions etc… Cela permet de développer un lieu d’ancrage en nous, la conscience, qui déborde toutes nos définitions et cartes d’identité. Je ne suis pas que la pensée « je suis géniale » ou « je suis nulle ». La médiation permet d’identifier ces contenus comme des pensées qui ne font que passer, de se libérer de leur tyrannie pour développer une plus grande disponibilité à ce qui survient indépendamment des à priori émotionnels et des jugements. Elle nous fait découvrir que les pensées ne sont pas des faits mais seulement des événements mentaux qui varient et à qui l’on ne doit pas donner plus de pouvoir qu’ils n’en ont. Ainsi, si nous percevons la pensée « je serai toujours comme ça » comme une pensée et non comme la vérité définitive sur ce qui est, nous lui ôtons immédiatement tout pouvoir de nous influencer et pouvons peut-être noter que nous avons en ce moment des pensées sur nous-même dévalorisantes, ce qui ne veut pas dire que nous sommes effectivement sans valeur. Ce type d’idées nous renseigne sur les structures de pensée qui accompagnent tel événement, la méditation nous permettant de distinguer ce qui est, de ce que nous nous racontons sur les choses. Elle permet de se débrancher du brouhaha mental qui accompagne tous les événements de la vie pour la prendre telle qu’elle est et non plus telle que nous nous la racontons. Elle ouvre ainsi à plus grande disponibilité et va de pair avec une créativité accrue.


[1] La sagesse du désir, Le yoga et la psychanalyse, C.Berhelet Lorelle, 2003.

Psychanalyse, TCC et méditation: trois voies d’approches de l’humain

 

Comment situer la mindfulness par rapport à la psychanalyse et au TCC?

On a peur de la vie, on a peur surtout de la mort. Nous ne voulons pas qu’elle se manifeste parce que ça fait mal. 

Nous cherchons donc à la rejeter. Nous cherchons à refouler la peur en invitant d’autres émotions pour occuper l’espace  afin que cette  énergie de peur ne puisse pas émerger. On allume la télé, pourquoi ? On lit des romans, pourquoi ? On parle au téléphone, pourquoi ? Souvent seulement pour empêcher la douleur de se manifester. L’énergie de la pleine conscience est là pour embrasser la souffrance. La porte va s’ouvrir et les formations mentales pourront alors circuler librement ; si vous pratiquez cela pendant quelques semaines, vous aurez alors une situation de bonne circulation de votre psyché.                                     Thich Nhat Hanh

La psychanalyse et les thérapies cognitivo-comportementalistes (TCC)

Ce sont les deux approches dominantes dans le champ de la psychologie et de la psychothérapie aujourd’hui. Ces deux courants de pensée ont des horizons de pensée souvent opposés et les tenants des deux écoles se font la guerre depuis longtemps, si ce n’est depuis toujours. Pourtant, nos thérapeutes considèrent qu’il est non seulement possible de se référer aux deux courants sans se dévoyer mais même que cela enrichit la pensée et surtout la pratique.

La psychanalyse

La psychanalyse met au centre de son approche l’écoute et l’analyse du discours du patient. Elle considère que la parole est un véhicule de l’inconscient (lapsus par exemple) que l’on peut analyser et qui en se dévoilant, redonne une liberté de compréhension et donc de choix au sujet. La psychanalyse se déroule dans la relation singulière qui unit le psy et le patient. Elle n’est pas à proprement parler scientifique, au sens où c’est une expérience singulière que l’on ne peut reproduire; mais sa démarche est cartésienne et rationaliste, ce qui la rend pour le coup scientifique.

Les TCC

Les TCC basent leurs protocoles thérapeutiques sur des expériences validées scientifiquement qui excluent l’hypothèse de l’inconscient. Ce sont des méthodes actives dans lesquelles le patient s’investit par la réalisation d’exercices. Ils l’aident à identifier ses émotions et cognitions (pensées) automatiques qui produisent chez lui les comportements dysfonctionnels.

La méditation

L’introduction de la méditation dans le champ psychothérapeutique permettra sans doute de faire dialoguer ces deux courants de pensée dans les années à venir. La redécouverte de la méditation par les cognitivistes annonce certainement un enrichissement du discours sur l’humain:  » afin d’évoluer (…) toute culture se doit de dialoguer avec la meilleure part de ce qui lui vient d’ailleurs «  dit ainsi François Cheng (in L’éternité n’est pas de trop, 2002).
L’approche tierce de la méditation permet ainsi de retrouver des bases sur lesquelles s’entendre que l’on soit analyste ou comportementaliste. Dans tous les cas, il s’agit de permettre une prise de conscience des pensées et émotions qui nous déterminent.
Mais, le recours à la méditation ouvre aussi un au-delà de la psychanalyse ou des TCC.
Les pensées ne sont pas analysées, encouragées ou recherchées au contraire de la psychanalyse. On se méfie plutôt des dites pensées ou émotions responsables d’engendrer des boucles de réactions faisant plonger dans les vieilles habitudes mentales ou émotionnelles. Qui a vécu la psychanalyse connaît aussi un de ses biais majeur: on recherche le pourquoi, on rappelle le passé, comme pour trouver la cause qui nous éclairerait. Mais ce faisant, on ne cesse de  ressasser  les pensées et émotions qui alimentent le mal-être. La méditation au contraire permet de se décentrer et de reconnaître que ces pensées et émotions noires ne sont qu’unes parmi d’autres. Elles ne nous définissent pas tout entier: nous somme plus vastes et plus libres que cela.
De la même façon que la méditation est compatible avec la psychanalyse et la continue positivement, elle dépasse aussi les points de vue initiaux des TCC. Avec la méditation, on change d’attitude. Il ne s’agit pas de lutter contre les pensées et humeurs négatives pour y préférer d’autres positives, la guerre contre soi créant de nouvelles énergies disponibles pour de nouvelles pensées et émotions. Plus de guerre, plus de lutte ici. Il s’agit de court-circuiter le système, en adoptant une attitude nouvelle d’accueil et de bienveillance à l’égard des pensées et émotions qui nous assaillent. Il s’agit d’accueillir et d’observer, non de chercher à transformer ou de résoudre un problème. Avec douceur, le sujet apprend à reconnaître les schémas mentaux qui le conditionnent et cette nouvelle attitude envers soi suffit à ce que la transformation surgisse d’elle-même. La guérison n’est pas à rechercher, elle vient de surcroît. Avec la méditation, disparaissent les idées de performance : le sujet apprend à laisser être et à adopter une attitude de bienveillance envers lui-même. On ne recherche plus rien : on apprend à laisser exister, on n’en rajoute plus en commentaires mentaux, on reste au plus proche de ce qui est et on court-circuite ainsi tous les troubles mentaux surajoutés.
La psychanalyste Joyce Mac Dougall témoigne de cette continuité entre la psychanalyse et la méditation. Elle a ainsi participé aux rencontres entre scientifiques et boudhistes qui se tenaient à Dharamsala en avril 2007: « J »ai eu le très grand privilège d’être invitée par le Dalaï Lama qui m’ayant demandé le but des gens qui vont en psychanalyse, « de découvrir sa propre vérité » a convenu que ce but était exactement le même que celui de la méditation. Il m’a aussi démontré que ses vues étaient dans l’âme, celles d’un « psychosomaticien » puisque dès que quelque chose ne va pas dans le corps, ils se demandent ce qui ne va pas dans son esprit, et cela depuis des siècles… »

Lire aussi A quoi sert la méditation?